IBM a récemment annoncé le développement d'une puce capable de détecter si le cable vidéo d'un moniteur a été manipulé. Placée sur une carte vidéo, elle pourra décoder des films en garantissant qu'ils ne soient pas enregistrés en même temps. Le cas échéant, ils seraient affichés avec une qualité moindre. Ainsi, la boîte noire engloberait la puce et l'écran.
L'administration Clinton avait élaboré un rapport gouvernemental proposant de faire de chaque ordinateur une boîte noire, en empêchant les utilisateurs de changer de système d'exploitation ou d'installer des logiciels dangereux (débogueurs, outils de développement). Il devenait ainsi possible de prendre un contrôle total sur la vie privée et sur la liberté d'expression de chaque utilisateur de l'outil informatique.
De nombreuses autres propositions ont été faites, comme celles de Adobe, Xerox et Microsoft, qui annoncent leur intention de diffuser des boîtes noires permettant de lire des livres téléchargés sur Internet, Microsoft avec sa plate-forme .Net permettant de limiter le piratage en faisant de nos ordinateurs des boîtes noires, ou la RIAA qui persiste dans sa malheureuse entreprise d'imposer son nouveau format de musique compressé avec la SDMI (Secure Digital Music Initiative).
Cependant, tant qu'il est possible de diffuser de l'information sans restriction, il sera probablement possible de diffuser des oeuvres protégées sans l'accord de l'auteur. En effet, les boîtes noires, aussi sûres soient-elles, ne sont pas inviolables, et un morceau de musique, une fois décodé, pourra être diffusé à grande échelle. L'apparition de groupes de crackers très compétents qui par pur défi technologique se donnaient pour tâche de pirater le jour même de leur sortie les logiciels protégés contre la copie, du temps où ces protections étaient à la mode, montre que quelle que soit la difficulté technique, le piratage existera.
Le seul moyen de l'empêcher complètement est d'empêcher la diffusion d'information. C'est ce dont nous approchent certaines initiatives, comme celle de la RIAA (qui a entamé aux États-Unis une campagne expérimentale de «sensibilisation» des enfants dans les écoles). Ces initiatives tracent sous nos yeux des contre-utopies qui sont d'autant plus effrayantes qu'elles sont proches de nous.